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Le Danemark des parcs.

TIVOLI GARDENS (1/2)

Copenhague

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Avec 4.4 millions de visiteurs accueillis chaque année, le Tivoli est le site touristique le plus visité du Danemark. Entre nostalgie un peu kitsch et attractions dernier cri, le parc a traversé les modes depuis sa fondation en 1843. Depuis bientôt 170 ans, Tivoli est le coeur battant de Copenhague, au point d'en être devenu le centre social et culturel de la ville. Plongée dans l'histoire d'un parc pas comme les autres.

Georges Cartensen, fondateur du parc.
Georges Cartensen, fondateur du parc.
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Statue de Georges Cartensen.
Statue de Georges Cartensen.
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Ils veulent du pain ? Qu'on leur donne des jeux !



A son ouverture le 15 août 1843, plus de 3000 visiteurs se sont pressés dans les allées du parc alors baptisé Tivoli & Vauxhall. A la tête de ce projet, un visionnaire. Georges Cartensen fut un des premiers entrepreneurs à entrevoir les opportunités d'affaires que pouvait offrir la gare de Copenhague fraîchement inaugurée. Fils de diplomate, il voyagea beaucoup et fut le témoin privilégié de la fondation des jardins de détente partout en Europe comme le Prater de Vienne, le Vauxhall de Londres et les nombreux "jardin-spectacles" qui ont envahi Paris au début du XIX° siècle. Rien d'étonnant alors que Tivoli tire son nom du parc éponyme ouvert à Paris en 1771 construit à Saint-Lazare. Ce nom fait écho à la ville italienne Tivoli située près de Rome où se trouve la villa de l'Empereur romain Hadrien, célèbre pour ses jardins de style Renaissance qui ont inspiré la conception des jardins français au XVIII° siècle. (voir notre dossier)

De retour dans son pays, et convaincu du succès que pourrait avoir un parc de détente dans sa ville d'origine, Carstensten se mit en tête de construire un grand parc, conçu dans le but de permettre aux citadins d'échapper à "la violence et au chahut de la ville, et de se relaxer dans une mer de tranquillité". Copenhague était à l'époque une ville fortifiée dont l'extérieur des remparts était laissé à l'abandon, considéré comme une ligne de démarcation. Derrière ces murs se dressaient les quartiers ouvriers de Versterbro et de Norrebro, au sein desquels s'entassaient des familles entières dans des logements à une pièce, sans eau courante ni électricité. L'extrême pauvreté cotoyait l'opulent succès de Copenhague, qui était alors une plateforme marchande dynamique pour tous les bateaux parcourant la Mer Baltique.



Le site proposé pour le parc se situait à l'extérieur de Versterport, la Porte Ouest en français. Incertains, les élus municipaux et la presse voyaient dans le futur Tivoli un lieu de débauche aux portes de la ville. C'est Christian VIII, roi du Danemark alors fraîchement couronné, qui a détecté en Tivoli une formidable occasion de détourner l'attention de la population des problèmes politiques et sociaux du pays. Il accorde rapidement 5.6 hectares de terrain aux portes des remparts défensifs comme le souhaitait Carstensten. Copenhague venait de trouver son opium du peuple.

N'ayant pas une grande fortune personnelle, Carstensen dut ardemment négocier avec des investisseurs et des financiers avant que les travaux ne puissent commencer réellement. Une fois démarré, le chantier a bien failli ne jamais s'achever car les ouvriers sont tombés sur un os... plusieurs même, en mettant à jour un charnier de corps parfaitement conservés. Certains ouvriers, horrifiés, ont refusé de poursuivre leur macabre tâche. Il s'avère que l'emplacement de Tivoli fut au siècle précédent le terrain de batailles sanglantes entre Britanniques et Suédois.

Les débuts du Tivoli.



Malgré tout, le 15 août 1843, Tivoli ouvre enfin ses portes pour la première fois au public avec des jardins, des cafés, des restaurants, des jeux, des boutiques, un pavillon de concerts et un théâtre. Deux attractions font déjà partie du décor: un carrousel et une montagne russe en bois Rutschbanen. La deuxième version de cette attraction datant de 1913 existe toujours en l'état dans le parc et n'a toujours pas fini de plaire. Déjà à l'époque, l'architecture exotique des bâtiments confère une atmosphère particulière au parc. Curieux de découvrir à quoi pouvaient ressembler leurs lointaines colonies établies en Asie, les Danois s'empressaient de venir à Tivoli.

Rutschbahnen en 1914.
Rutschbahnen en 1914.
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Rutschbahnen.
Rutschbahnen.
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L'ancienne salle de concert du Tivoli en 1863.
L'ancienne salle de concert du Tivoli en 1863.
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Tivoli au début du siècle dernier.
Tivoli au début du siècle dernier.
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L'intensif développement urbain de Copenhague a facilité le succès du parc : au départ, simple coin d'excursion à l'extérieur des remparts, loin du bruit et des odeurs de la ville, le Tivoli s'est transformé en un refuge de verdure au coeur de la ville. En 170 ans d'existence, le parc a également connu des hauts et des bas. En 1888, les jardins de Tivoli sont intégrés dans une grande exposition artistique et industrielle. L'événement permet alors d'investir dans de nouvelles installations. En 1916, la fréquentation dépasse le million de visiteurs. En 1944, les troupes allemandes incendient le parc en représaille des actions de la Résistance Danoise contre les intérêts allemands. Mais les Danois réinvestissent les lieux 2 semaines plus tard au milieu de baraques provisoires. L'événement a été l'occasion de repenser le développement du parc pour les années suivantes. Dans les années 60-70 le parc se développe rapidement et attire jusqu'à 5 millions de visiteurs chaque été. Les années 90, en revanche, voient le Tivoli s'essouffler : situation financière au plus bas, les pertes s'accumulent, les jardins sont considérés comme vieillots, ennuyeux, et sans style. Une stratégie d'investissements permet de renverser la tendance et de conquérir de nouveaux visiteurs. Ces dernières années, les chiffres de fréquentation ont certes diminué mais les bénéfices n'ont cessé de croître.

Le Tivoli d'aujourd'hui.



Plan du parc
Plan du parc
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Situé entre la gare centrale de Copenhague, et à deux pas de la mairie, le Tivoli est un parc résolument ouvert sur sa ville. L'accès se fait au choix par l'une des trois entrées, dont la plus emblématique en brique et en tuile d'émail date de 1890. Une fois franchi ses portes, le visiteur plonge dans une ambiance calme et verdoyante qui tranche avec les rues bruyantes qui environnent le parc.

Une oasis de verdure de 8.3 hectares s'offre alors à lui. Un lac, plus de 850 arbres, et des milliers de fleurs décorent naturellement le parc. Les attractions ne sont que très peu visibles depuis l'entrée historique, car de part et d'autres de l'allée principale ce sont des restaurants, des salles de spectacles et de vastes esplanades de concerts qui accueillent les visiteurs.

Portail d'entrée construit en 1890. © © © Jardin et éolienne Vestas. ©

Trams panoramiques. © Lac et restaurant. © © © ©


Le Nimb, construit en 1910.
Le Nimb, construit en 1910.
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En poursuivant son chemin, on découvre que le parc est bien plus grand qu'il n'y paraît : la diversité des attractions, la richesse des paysages et les petits chemins de traverse donnent une nouvelle dimension à l'espace de visite. Le visiteur se laissera facilement surprendre tantôt par un palais oriental posé sur un tapis de fleurs, tantôt par un temple chinois qui semble avoir éte construit là depuis la nuit des temps, ou tantôt par l'architecture plus contemporaine des salles de spectacles.

C'est un joyeux mélange des genres qu'offre le Tivoli au travers de ses différents "lands" aux frontières difficilement identifiables :



Le quartier chinois.



Daemonen
Daemonen
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Le quartier chinois possède l'un des portails d'accès au parc. Le visiteur y est accueilli sous un ciel de lampions et de dragons chinois en papier. C'est le plus grand quartier thématique du Tivoli, mais aussi celui qui abrite l'attraction la plus renversante, le Daemonen. Tels des dragons, des trains dorés suivent les courbes de cette montagne russe en acier de couleur rouge. La voie longue de 700 mètres serpente au-dessus des allées piétonnes et met ses visiteurs 3 fois la tête à l'envers.

Après avoir été hissés à 28 mètres de hauteur, les trains rentrent dans une hélice, l'occasion d'avoir une jolie vue panoramique sur le Tivoli et ses alentours. Les trains plongent ensuite de 20 mètres de hauteur pour rentrer dans le premier looping vertical, et offrir 29 secondes de parcours très rythmées. Cette attraction a représenté un défi technique de taille car elle s'intègre parfaitement dans un rectangle de 30x10 mètres. Le quai, les freins finaux et le bâtiment de maintenance surplombent le quartier chinois à 7 mètres au-dessus du niveau du sol.

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Malgré ces contraintes techniques, cette montagne russe à l'aspect très moderne n'a pas dénaturé le charme nostalgique de la zone alentours. Au premier plan, on trouve quelques attractions pour enfants, un petit lac où circulent des pédalos et une pagode qui abrite un restaurant chinois. Le tout forme un ensemble très coloré à la tombée de la nuit.

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Le style oriental



Le style oriental décore deux zones séparées dans le parc. Près de l'entrée principale, un palais tout droit sorti des 1001 Nuits abrite un restaurant très chic, le Nimb, dont la façade caractéristique date de 1909. Plus au fond du parc, près du quartier chinois, la zone orientale abrite quelques attractions à sensations dont une tour de space shot de 65 mètres de haut, Karaven, une montagne russe pour enfants, et 3 flat-rides : un tapis-volant suspendu sans grand intérêt, un flic-flac, et la toute dernière attraction en date : le Vertigo.

Le palais du Nimb.
Le palais du Nimb.
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© Karaven.
Karaven.
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© Flic flac.
Flic flac.
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"Attraction interactive" selon le parc, "attraction incompréhensible" selon nous. Deux avions au bout de bras s'élancent lentement dans les airs. Les 4 passagers ont dans leur cockpit un pupitre de commande pour diriger l'avion dans 3 directions, et activer, si ils le souhaitent, un bouton "5G", comprenez par là que vous en aurez pour votre argent.

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Vous penserez avoir compris les explications théoriques de l'employé qui vous dispensera un cour de pilotage express à l'aide d'une planche dessinée. Hélas, forcé de constater qu'une fois assis, vous êtes obligé de subir les commandes que vous imposez à votre avion sans les comprendre. Tête à l'envers, tête à l'endroit, descente en piquet de travers, votre démonstration de vol ne ressemble à rien, et surtout vous ne subirez jamais les 5G tant désirés. N'est pas Top Gun qui veut ! On fera l'impasse sur les bruits de vis détachés qui roulent dans le cockpit, sur le décor de l'hélice-avant fixée quelques minutes avant notre envol, et sur le niveau de confort. Premier jour d'ouverture de l'attraction paraît-il. On embarquera tout de même avec plaisir dans ce Vertigo, juste pour avoir une vue la tête à l'envers sur Tivoli et Copenhague à 40 mètres de haut. N'attendez guère plus, ou entraînez-vous à piloter l'engin en faisant plusieurs tours.

Avec un débit de 125 personnes par heure, la réservation est fortement conseillée. Une borne électronique se trouve à l'entrée de l'attraction, elle vous délivrera gratuitement une heure de retour. Attention, les réservations ne sont plus disponibles en fin d'après-midi, même pour une journée qui se termine à minuit.

Le style Jules Verne



Breakdance.
Breakdance.
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L'Himmelskibet.
L'Himmelskibet.
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Un des plus récents, puisqu'il a fait son apparition en 2006 avec l'ouverture d'un StarFlyer, manège de chaises volantes qui s'élève à 80 mètres de hauteur. Plus haute installation de ce type dans le monde jusqu'en 2009, l'Himmelskibet (Les bateaux du ciel) offre un panorama à 360° sur Copenhague. Accroché au bout de 4 simples chaînes, c'est le grand frisson assuré. Grand frisson par grand vent également, chose qui n'est pas rare dans le port de Copenhague. Montez-y couvert.





Le Nautilus.
Le Nautilus.
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L'Odinexpress, e-power.
L'Odinexpress, e-power.
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A proximité on trouve le Nautilus, une attraction d'avions classique mais à la thématisation particulièrement soignée qui s'intègre dans le style victorien de la zone. Toujours dans la même thématique, une montagne russe électrique, l'Odinexpress rend hommage à la première locomotive à vapeur éponyme des chemins de fer danois. A noter qu'il est impératif de garder bras, mains, jambes et tête (!) à l'intérieur du wagon, car le train passe à vive allure près de branches d'arbres et dans un tunnel très étriqué.



Le style danois traditionnel



On retrouve ce style dans la rue Smøgen créée en 1952. Sur quelques mètres s'y étalent de petites échoppes d'artisanat danois, des stands de jeux, des machines à sous, et de petits snacks. Dans cette rue, bien cachée, se trouve l'entrée de la fun-house Skaersilden une grande aire de jeux couverte pour petits et grands enfants avec toboggans, murs d'escalades, cage à hamster, et ponts instables.

La rue Smogen. © © © ©


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Adossée à la rue Smogen, la montagne russe en bois Rutschbahnen se dresse fièrement du haut de ses bientôt 100 ans. Construite en 1914, cette attraction fait partie des 8 Scenic Railways encore en opération dans le monde. Leur caractéristique commune: un conducteur est à bord de chaque train pour le piloter. La médecine du travail danoise ne doit plus en dormir de la nuit. Le pire est toutefois évité car lors de la Seconde Guerre Mondiale, le rationnement en énergie obligea les hommes à hisser manuellement les trains en haut du lift, à l'aide d'un treuil monté sur le toit de la montagne russe.

Outre son côté folklorique fort sympathique, le conducteur joue un rôle primordial en freinant le train avant chaque descente. En effet, Rutschbahnen étant une montagne russe de type sidefriction, les wagons ne sont pas équipés de roues inférieures pour les garder fixés sur la voie (les upstop wheels), ils peuvent donc décoller. La vitesse des trains est aussi régulée par le conducteur dans les virages. Enfin, sachez que pour devenir "conducteur de montagnes russes", Tivoli dispense une formation de 3 jours à ses employés qui doivent en plus endurer 300 tours à vide avant de pouvoir embarquer des passagers. Chaque été, 1.200.000 visiteurs dévalent les 625 mètres de voie.

La montagne russe en elle-même est encore assez nerveuse pour procurer quelques air-times dans les descentes. La montée dans le lift est rapide et douce. Les nombreux passages du train dans le noir le plus complet font de cette attraction un des musts dans le parc. N'hésitez pas aussi à discuter (en anglais) avec les sympathiques employés de l'attraction, ils vous expliqueront comment tout cela fonctionne. A ne surtout pas râter.

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Bien que située au fond du parc, et loin du quartier traditionnel danois, l'attraction Den flyvende Kuffert (Les coffres volants) est un dark-ride aux nombreuses saynètes évoquant les célèbres contes d'Hans-Christian Andersen, natif du Danemark et premier visiteur du Tivoli à son ouverture. Comme son nom l'indique, l'attraction consiste en un voyage à bord de coffres volants qui circulent sur un rail à différentes hauteurs. Le système de transport sans fin conçu par la maison Mack Rides se déploie sur 300 mètres de rail dans un bâtiment étonnamment petit. II est même facile de passer à côté de la façade de l'attraction sans la remarquer. L'astuce réside dans le fait que les véhicules s'enfoncent très profondément jusqu'à 16 mètres dans le sol.

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Pour ceux qui souhaitent réviser leurs contes d'Andersen, il leur est possible d'activer un interrupteur sur le couvercle du coffre et de se laisser conter les belles histoires en danois ou en anglais pendant les 7 minutes que dure le voyage. Les figurines et les décors ont un joli style graphique qui sent bon le It's a small world, mais sans en avoir son penchant kitsch à souhait pour autant.

Difficile à croire, mais Den flyvende Kuffert demeure jusqu'à aujourd'hui, l'attraction la plus chère du Tivoli. Des autorisations ont en effet été nécessaires pour construire le bâtiment qui s'étend jusque sous la rue qui borde le parc. Par conséquent, le bâtiment devait répondre à des exigences architecturales particulières. L'autre raison moins avouable, était que le constructeur des 129 figurines avait tout simplement oublié d'animer les personnages.

Inaugurée en 1993 pour les 150 ans de Tivoli, l'attraction est rénovée en 2010 par la société hollandaise JoraVision : des moteurs électriques remplacent les vérins pneumatiques des personnages, l'atmosphère mystérieuse et féerique est appuyée par de nouveaux éclairages, et une nouvelle musique accompagne les visiteurs tout au long de leur voyage.

Le Tivoli en tout temps et en toutes saisons.



Les antiques caroussels d'antan au charme désuet se marient avec les attractions les plus renversantes. Tivoli a su conjuguer avec brio modernité et tradition foraine séculaire dans une étonnante mosaïque de décors classés aux monuments historiques. Pour revisiter la tradition du parc, Tivoli s'apprécie aussi en hiver dans une féerie de lumières repensée pour l'occasion. Durant les 4 semaines précédent Noël, presque 1 million de visiteurs s'amusent sur les attractions toutes restées ouvertes et les nostalgiques manèges de chevaux de bois spécialement prêtés par le parc voisin Farup Sommerland.

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Mais Tivoli Gardens ne se limite pas qu'à ses attractions : le parc offre une palette impressionnante de restaurants et de concerts en tout genre qui en font un lieu de vie urbain unique en Europe. Il nous tarde de vous les présenter dans la suite de ce dossier dans quelques jours.

Simon Bourlet

Crédits photographiques : Maxime Baranger, Simon Bourlet, Tivoli.


Remerciements à Ellen Dahl.

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