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Gran Scala : un projet à grande échelle.
En novembre dernier, ParkOtheK vous dévoilait les premiers éléments de ce projet gigantesque que constituera Gran Scala, dans la région de Sarragosse en Espagne. Considéré comme le plus grand projet européen de centre de loisirs et de jeux, Gran Scala a fait couler beaucoup d'encre chez nos voisins espagnols: impact écologique, enjeux politiques et sociaux, et identités des porteurs du projet ont été fantasmés depuis son annonce officielle en décembre dernier. Nous avons souhaité faire le point sur la situation de ce projet ambitieux en posant 5 questions à Didier Rancher, chef de projet pour le parc Spyland qui sera intégré à Gran Scala.

ParkOtheK : Où en est le parc Spyland, 6 mois après l'annonce de son implantation au sein du complexe Gran Scala à Saragosseen décembre dernier ?



Didier Rancher :

Comme vous le savez, notre équipe met en oeuvre en fait 2 parcs, un d'aventure et d'action, et un de glisse et de fun. Ils sont intégrés à un complexe de loisirs bien plus vaste appelé Gran Scala et piloté par la société britannique ILD (International Leisure Developpement), et avec laquelle nous avançons de concert.

Cette société vient d'annoncer l'entrée de nouveaux actionnaires et sa capitalisation à 40 millions d'euros, ce qui nous satisfait pleinement en tant qu'un des opérateurs du projet, en ayant été le premier parc à leur faire pleinement confiance. C'est, à l'époque, la qualité et l'enthousiasme des hommes que nous avons rencontrés, au sein d'ILD, qui nous ont séduits autant que leur projet dont la dimension et la variété assureront le succès.

Leur travail d'organisation, de préparation et de regroupement d'opérateurs différents dans le domaine des casinos, des parcs et d'autres activités ludiques a pris du temps et un temps que je qualifie de normal pour un grand projet, retardé d'à peine quelques mois. Nous avons d'ailleurs pu observer les contraintes nombreuses, la coordination et les réunions auxquelles ILD a fait face: techniques, administratives, légaleset le dialogue à mener avec tous les propriétaires de chaque zone potentiellement intéressante... Il y avait aussi des échanges à avoir avec les responsables politiques et l'administration de l'Aragon qui ont effectué de leur coté un travail considérable et de qualité dans le portage de ce dossier. Les tâches à réaliser simultanément étaient et restent consommatrices de temps.

Nous avons aussi avancé pour nos 2 parcs dans la montée en puissance de partenariats avec des bureaux d'études et avons, ces dernières semaines, organisé le montage d'équipes de conduite de projet compétentes. Il fallait trouver les hommes qualifiés en quelques mois et ce n'est pas une mince affaire surtout que l'aspect relationnel humain prime dans le choix!

Nous dépendons de paramètres à venir (foncier, marché..) pour réajuster les maquettes, le dimensionnement (design day) des 2 parcs, et contenu, tournés vers l'aventure, l'action et le secret, sur son site définitif avec le second parc de glisse et fun associé. Sortir deux parcs au sein de Gran Scala est un long parcours si on observe, par exemple, que la société Walt Disney Company avait contacté les services de l'aménagement du territoire en France en 1970 pour -peut être- s'implanter et ne reprendre finalement les négociations qu'en janvier 1984 avec plusieurs autres sites en concurrence en Europe.

Un responsable de la division des parcs Disney, Dick Nunis, aurait à l'époque présenté une liste de près de 1200 terrains possibles en Europe dont certains beaux emplacements en Espagne, pays qui a été en balance dans la réflexion de Disney puis est passé challenger de Paris. L'accord définitif avec le gouvernement français n'a été conclu qu'au 1° trimestre 1986 pour l'installation de ce magnifique complexe touristique, soit, après 26 mois de négociations et 16 ans après en avoir eu l'idée ! Par comparaison, notre équipe de projet pour les 2 parcs n'est entrée en négociation réelle et officielle avec ILD qu'à l'automne 2007, soit il y a un peu plus de 9 mois...

Nous travaillons en confiance avec l'Aragon en Espagne et ILD, sous confidentialité interne pour les développements et les contenus de détail jusqu'à l'ouverture. Nous communiquerons peu et c'est un choix stratégique. Je peux simplement vous dire que trois équipes de développement projet travailleront de concert, une par parc et une en coordination/planification. A ce jour, il nous manque un chef de projet parc ayant l'expérience de la conduite de projets de ce type sur les 3 postes qui étaient ouverts et encore quelques postes d'ingénierie pour la montée en puissance opérationnelle des deux parcs .

POTK : De nombreux opposants, notamment les écologistes, pointent du doigt l'impact écologique de Gran Scala. Quelle est votre position ?



D.R. :

Imaginez vous seulement un instant qu'un grand projet humain en développement puisse ne pas avoir d'opposants ? Connaissant l'ordre des choses, c'est impossible et il faut donc être philosophe face aux critiques.

Il est tellement dans la nature humaine de jouer à se faire peur en annonçant des catastrophes, souvent même en brodant un peu... Dans la quasi totalité des articles négatifs, qui proviennent de la même source et sont copiés, on peut noter que presque personne n'a téléphoné aux porteurs de projet. On y trouve pèle mêle des erreurs de lieux, d'interprétation, d'analyse, des sous entendus diffamants sur les personnes, des fantasmes et des informations fausses'une vraie salade!!

Par exemple, je lis que le capital social de certaines entreprises est trop faible pour porter les projets. Or, c'est vraiment basique, le capital social d'une entreprise n'a strictement rien à voir avec sa capacité d'emprunt!!

Ailleurs on lit que le projet va générer «X» % de Co2, chiffre totalement fantaisiste car il est impossible à ce stade d'évaluer un tel chiffre dans un ensemble dont les données de détail n'ont pas été publiées (car en cours de développement) et qui va planter aussi des arbres qui absorbent du Co2... On parle de l'eau alors que le gouvernement local a une conscience aiguë de ce sujet, jusqu'à organiser une exposition internationale sur ce thème cette année. L'eau c'est la vie et notre ingénierie a d'ailleurs pour mission d'optimiser son économie, la protéger, la retraiter, tout en récupérant les eaux de pluies, en limitant les fuites des réseaux d'eaux potables, en sensibilisant les utilisateurs'etc.

Nous bénéficions potentiellement de toutes les connaissances scientifiques sur l'écologie, acquises depuis 30 ans pour assurer un développement harmonieux et durable des projets.

L'homme est aussi au c'ur de ce projet car un lieu de détente et de jeu doit avant tout être beau. Pour les parcs (et certainement les casinos), créer de la beauté visuelle, de la douceur sonore, des odeurs agréables, des sensations fortes, des «univers», c'est un challenge qui va de pair obligatoirement avec le respect de l'environnement !

Sachez aussi que les architectes de Gran Scala et le cabinet CRB de Lyon, pour les deux parcs que nous pilotons, sont excessivement responsables, conscients et compétents sur ce sujet. CRB travaille, par exemple, avec la société GINGER Environnement, leader français (entre autre) sur le développement durable en matière d'aménagement foncier. Ils ont étudié ensemble la question de la protection de l'eau sur un grand projet récent et procédé à l'élaboration de cartographie hydraulique et hydrogéologique pour déterminer l'altimétrie de la nappe phréatique, sa pollution éventuelle, son débit... Nous sommes réellement entrés à l'ère du 21° siècle et tout sera fait pour réaliser un projet de loisirs et de jeux au service de l'homme sous l'angle du respect absolu des normes environnementales. La population de l'Aragon ne s'y est pas trompée car elle plébiscite le projet à plus de 86%.

POTK : Quelle va être la prochaine étape pour vous et ILD ?



D.R. :

Pour les 2 parcs dont nous avons la responsabilité, nous procédons au choix de presque 15 attractions majeures par entités avec 3 phases d'ouverture, et la programmation de construction. Nous sommes, par exemple, à la 6° maquette du parc d'aventures depuis le premier projet et il est normal qu'un projet mûrisse et s'adapte à sa réalité. Comme vous le savez on ne construit pas de la même façon un parc à thème destiné à recevoir 1 million de visiteurs... ou 2 millions et, pareillement, un petit parc de glisse susceptible de recevoir 250 000 visiteurs ou un gros parc aquatique comme le Typhoon Lagoon à Orlando avec plus de 2 millions de «glisseurs». Au final, un parc est toujours le fruit de multiples réflexions mais aussi contraintes ? fréquentation, météo, typologie du terrain, budget, idées-'

Il nous manque encore quelques cadres et ingénieurs dans les 3 équipes projets et surtout un patron de développement «projet» pour l'un des parcs qui doit impérativement avoir une expérience dans ce domaine si particulier. Nous continuons aussi le travail de recherche complémentaire de «Branding» pour le parc d'aventure et d'action de secret et de mystère. Nous avions identifié plusieurs agents secrets de fiction qui pourraient travailler avec le parc dans ses développements futurs. Ces choix dépendent aussi des mesures de fréquentation de visiteurs qui sont en cours d'évaluation pour les deux parcs.. Le comité d'éthique doit s'internationaliser aussi pour la partie des shows historiques qui seront mis en scène dans la forteresse centrale.

Nous allons aussi acheter une première société en Aragon à vocation administrative. ILD nous désignera bientôt la parcelle précise qui nous est destinée pour la mise en oeuvre de 2 parcs et nous irons y travailler au positionnement des maquettes des projets et de 3 hôtels thématisés. A ce moment là, le temps va être notre pire ennemi pour conduire le développement dans les délais.

POTK : Qui va réaliser le masterplan des parcs et les thématisations d'attractions ?



D.R. :

Il y a plusieurs questions en une et plusieurs réponses, d'abord parce qu'il y a deux parcs et ensuite parce que certaines zones ou attractions nécessitent un travail spécialisé d'aménagement d'intérieurs, comme dans les dark-rides.

Nous nous sommes orientés vers une société française expérimentée qui aura une large part du travail et avons regardé quatre autres entreprises internationales parmi lesquelles nous en retiendrons probablement deux en recherchant la meilleure synergie, la meilleure homogénéité et la meilleure l'expérience, de façon à accélérer le temps qui finira par nous manquer. Elles sont situées en Espagne, en Italie et en Amérique du nord. Je ne peux en dire plus.

POTK : Qui va exploiter et gérer les 2 parcs et quel est votre souci majeur aujourd'hui ?



D.R. :

Pour le moment, selon toute probabilité, ce sont des cadres, anciens de parcs en Europe qui se sont manifestés, qui feront l'ossature de gestion et de management des 2 unités. Ils seront intégrés à une structure espagnole en Aragon dédiée à la gestion du ou des parcs qui sera aussi bientôt créée à Saragosse.

Leurs expériences croisées, leurs nationalités différentes donneront toute la richesse qu'attendent les 2 parcs pour fonctionner. Nous sommes donc particulièrement confiants sur ce point. Le personnel en revanche sera majoritairement espagnol mais on y trouvera aussi toutes les autres nationalités européennes pour coller au mieux à la typologie du public international. Nous rechercherons des synergies maximales sur le personnel entre les deux parcs, car il y aura plusieurs milliers d'employés directs, indirects et induits à embaucher. Avec plus de 100 métiers rien que pour nos 2 parcs, le tableau des postes à pourvoir sera finalisé dès que l'on aura cerné le dimensionnement exact, cet été. Une formation au personnel d'environ 3 mois sera dispensée avant l'ouverture pour mettre en avant la créativité de chacun, faire comprendre les concepts, développer les connaissances en sécurité, un vocabulaire à minima dans plusieurs langues et développer le sens du service. Pour fidéliser les jeunes, nous avons conçu l'animation comme une vraie carrière avec divers niveaux de progression. Certains membres de l'équipe projet nous ont suggéré de créer ultérieurement une école avec un diplôme d'animateur de parcs!

Pour conclure sur votre question, il n'y a pas de souci majeur. Nous avons perdu du temps et avons affronté, c'est vrai, un nombre incalculable de difficultés. Mais j'aime les parcs car ils sont le lieu ou l'homme et la femme ont le droit et le devoir absolu de retourner en enfance, de jouer, de sourire et de rire, d'aimer, de ressentir des sensations, d'être bien avec leurs amis et leurs enfants, bref, d'avoir eux aussi droit à une part de bonheur. C'est pour ces concepts là que je me bats depuis longtemps pour le projet avec une équipe de gens formidables que je remercie et qui partage comme moi une vision positive mais aussi combative de la vie.

Propos recueillis par
Simon Bourlet
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