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OK CORRAL. Il y a une trentaine d'années, il s'agissait d'un parc pionnier en France. Tandis que certains parcs de son époque ont eu un destin moins glorieux, OK CORRAL, après une courte période de troubles, a su fédérer une clientèle toujours plus nombreuse et variée, avide d'histoires de cow-boys. Nous avons rencontré Alain Prigent, directeur d'exploitation du parc. A la tête du parc depuis 25 ans, sous la direction du groupe hollandais Bembom Brothers (propriétaire du parc Schlagaren (Hollande)), il coordonne les tâches d'accueil, administratives, et techniques (pour n'en citer que quelques unes). Dans un bureau rempli de souvenirs publicitaires et de paperasserie administrative, notre homme -haut en couleurs et en caractère- nous accueille.

OK CORRAL


De l'Ouest au Sud



Simon Bourlet : Pouvez-vous nous rappeler précisément votre fonction ici ?

Alain Prigent :

Je dirige l'exploitation du parc. Mon boulot, c'est faire marcher le parc. Je m'occupe de beaucoup de choses : commercial, technique... c'est ce qu'on appelle l'exploitation d'un site, d'un centre de profits.

S.B : Et votre parcours en bref ?

A.P :

Je suis ingénieur en construction automobile (assez généraliste), un Institut d'Administration des Entreprises, ensuite je suis passé à la Générale des Eaux, (rien à voir avec l'automobile), et après je suis arrivé ici... il y a 24 ans.

S.B : Si vous deviez définir rapidement OK CORRAL. Que diriez-vous ?

A.P :

Tout dépend du point de vue que l'on adopte. Si on prend un point de vue commercial, OK CORRAL se veut être un parc à thème western familial. Par familial, nous entendons un public composé de "papas, mamans, et enfants", pour des raisons d'agrément et de plaisir entre les visiteurs. C'est pourquoi nous ne tenons pas vraiment à accueillir de grosses attractions dites "à sensations" au sein de notre parc, afin d'éviter l'affluence d'une clientèle plus ou moins turbulente.

S.B : Quelles sont les particularités liées à OK CORRAL ?

A.P :

Il n'y a pas de particularité au sens général du terme. D'un point de vue sécuritaire, nous avons cependant une particularité; nous avons notre propre système de sécurisation car nous sommes en zone forestière, une zone boisée, classée "risque feu". Un plan d'organisation interne est défini pour chaque employé qui a un rôle à tenir en cas d'alerte. Nous possédons également un bâtiment de 1200m², un refuge entièrement protégé par rideau d'eau pouvant abriter les visiteurs du parc pendant 1 heure. Il s'agit bien là d'une particularité.

S.B : Quelle attraction vous pose le plus de problème ?

A.P :

On ne peut pas vraiment parler de problème, mais plutôt d'une quantité de travail. L'attraction demandant la plus grande quantité de travail, c'est certainement le Lasso Loop. (NDLR : cette attraction est désormais fermée depuis la saison 2004). Il s'agit d'une machine violente, qui travaille beaucoup "en l'air", qui se retourne... Cette attraction demande une maintenance très lourde.

Celle nous posant le moins de problème d'entretien est sans aucun doute, le grand toboggan situé à l'entrée du parc. Un petit coup de parafine sur les pentes, et un renouvellement des tapis suffisent généralement.

Le Lasso Loop, une "machine" complexe.
Le Lasso Loop, une "machine" complexe.
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Au 1er, la zone d'embarquement du Lasso Loop. Au 2nd ,les toboggans de La Montagne Sacrée.
Au 1er, la zone d'embarquement du Lasso Loop. Au 2nd ,les toboggans de La Montagne Sacrée.
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S.B : Quels sont vos constructeurs d'attractions ?

A.P :

Ils sont très variés. Mais les Allemands sont champions au niveau de la sécurité, mais pas au niveau de l'innovation, car leurs modèles sont conçus à l'unité. On peut trouver les même machines en Espagne ou en Italie, mais la qualité est moindre ; en Allemagne, les prix sont certes trois fois plus chers, mais le matériel est aussi trois fois plus épais et résistant !

S.B : Quelles sont les attractions les plus populaires du parc ?

A.P :

Les attractions les plus familiales. Par exemple, notre attraction aquatique Splash Mountain (NDLR : Flume Ride) est très populaire par beau temps, les gens ont besoin de rafraîchissement. Mais toutes les attractions sont populaires en réalité, car lorsque le visiteur entre dans le parc, il a en tête de faire toutes les animations proposées. Bien sûr certains n'aiment pas la hauteur, d'autres n'aiment pas tourner...chacun ses goûts.

S.B : L'arrivée de votre flume-ride Splash Mountain en 2001, a-t-elle attiré plus de visiteurs que les années précédentes ?

A.P :

Non, on ne peut pas vraiment dire ça. L'arrivée du Splash a constitué un plus pour notre clientèle, mais n'a pas attiré plus de monde ; ce n'était pas l'objectif premier. L'objectif était de présenter une attraction à grand spectacle, une complémentarité à la visite d'une journée.

S.B : Au fil du temps, certaines grosses attractions ont disparu du parc, comme par exemple, le train panoramique. Pourquoi ?

A.P :

En ce qui concerne le train, il a été supprimé pour des raisons sécuritaires ; en effet, on n'arrête pas un train de plusieurs tonnes sur 2 mètres. D'autres attractions n'ont pas disparu au sens propre du terme. Elles ont été transférées dans d'autres parcs. Aussi, quand on veut installer une nouvelle attraction, il faut de la place.

S.B : Vous pouvez encore vous étendre ?

A.P :

Oui, en effet. Nous avons des possibilités d'extension. Mais il y aurait un risque de surcapacité inutile. L'agrandissement d'un parc n'est pas forcément synonyme d'une progression de 20% de la fréquentation.

S.B : Quelles sont les attractions doyennes ?

A.P :

La Grande Roue, l'ancien Train Fantôme, le Grand Huit (les Montagnes du Colorado).

S.B : En parlant de l'ancien train fantôme (Ghost Town), il ne semblait pas remporter l'unanimité du public ...

A.P :

Le train fantôme était quand même populaire. Mais le vandalisme faisait des ravages à l'intérieur. Alors forcément, les animations ne restaient pas longtemps en place.

Mais le nouveau train fantôme -Les Mystères de l'Ouest est à présent ouvert au public. Les études ont débuté : l'intérieur et l'extérieur ont été entièrement refaits, une façade de type western a été posée (contrairement à l'ancienne façade peinte (cf.photo), la taille du bâtiment a été doublée. La conception de ce genre d'attraction est simple : le ride est constitué de séquences, de modules "prêts-à-poser"

NDLR : la nouvelle maison hantée est ouverte depuis mars 2003. Pour en savoir plus, voir l'article "OK CORRAL, Shérif, fais moi peur".

L'ancien train fantôme.
L'ancien train fantôme.
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La nouvelle maison hantée.
La nouvelle maison hantée.
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S.B : Une intrigue... le nom de Splash Mountain est originaire d'une attraction très populaire des parcs Disney dans le monde ...

A.P :

Oui, mais pas en France. Le nom de Splash Mountain fait l'objet d'un dépôt de marque en France par la société OK CORRAL.

S.B : Les piques-niques ne sont pas interdits au sein du parc. Est-ce une volonté ?

A.P :

Nous n'interdisons rien ici...Vous remarquerez que pas grand monde n'autorise les piques-niques et les chiens au sein d'un parc, et nos visiteurs ont droit à un nombre illimité d'entrées et de sorties dans la même journée (ce qui n'est pas le cas partout).

S.B : Connaissez-vous le taux de revisite à OK CORRAL ?

A.P :

La réponse est difficile. Nous n'avons pas de statistiques précises à ce sujet. Mais je peux estimer que dans la même année, nous n'avons pas beaucoup de revisites, sauf les détenteurs de pass annuels (Pass d'Or), des habitués du parc la plupart du temps. D'une année sur l'autre, nous avons des revisites, c'est évident. Mais la fréquence "normale" de visite doit tourner autour de 2 ou 3 ans.

La piscine de la résidence de vacance.
La piscine de la résidence de vacance.
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S.B : Le parc dispose d'une résidence de vacances (le Monde des Tipis). Quel genre de clientèle attire-t-elle ?

A.P :

Une clientèle très variée. Mais on peut en distinguer 2 sortes :
-Des vacanciers nord-européens (Allemagne, Hollande...) pour des vacances de 8 à 15 jours, à la pêche au soleil.
-Une clientèle plus régionale qui reste un week-end, 3 jours, voire une semaine. Cette clientèle est assez caractéristique d'une "mode" : maman est avec les enfants au parc, papa travaille. Le soir, papa rejoint la famille. Il s'agit d'une formule de plus en plus populaire.


S.B : La publicité à OK CORRAL ?

A.P :

Il est très difficile de faire de la publicité pour Ok Corral. Le parc a une trentaine d'années d'existence : les gens connaissent Ok Corral, mais ne sont pas forcément venus nous rendre visite. Il est faux de croire que la publicité fait venir les gens, la pub ne sert qu'à seriner encore et encore aux gens que l'on existe. Faire de la publicité pour Ok Corral, ce n'est pas dire "on est les plus beaux, on est les plus forts, on est les moins chers", mais faire de la publicité pour Ok Corral c'est dire : "Nous existons". Et il reste toujours vrai que le meilleur moyen de se faire connaître, c'est le bouche-à-oreille.

S.B : Dans les années passées, Ok Corral était très médiatique. Paraît-il que Jean-Pierre Foucault y aurait fait ses débuts.

A.P :

Oui, j'étais là. A l'époque, la radio RMC diffusait des émissions à partir de chez nous. Foucault a fait le cow-boy amateur avec nos gars de l'équipe spectacle. Pour l'anecdote, il est tombé du train. J'ai vu Foucault pendant des années venir avec sa fille, jusqu'à ce qu'il quitte RMC et devienne plus médiatique. Nous ne l'avons pas revu depuis un moment. Et il faut dire que sa fille a du grandir aussi...

Les derniers bâtiments en date, ici en 2004.
Les derniers bâtiments en date, ici en 2004.
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S.B : Comment voyez-vous le futur du parc ? De nouveaux bâtiments chaque année (ici, en 2004) ?

A.P :

Je vois l'avenir d'Ok Corral dans la continuité. Chez nous, continuité ne veut pas dire enterrement, on ne s'endort pas sur ses lauriers, sinon, on a vite fait de mourir. L'avenir restera quelque chose d'important dans tous les domaines. Que ce soit au niveau technique, décors... vous ne pouvez pas vous imaginer le travail que ça représente... un énorme travail... Ne serait-ce que le look... Vous aurez beau mettre des manèges sur un terrain vague, ça ne restera que des manèges sur un terrain vague. Il n'y aura jamais l'ambiance et la convivialité qu'il y a dans un parc qui a "une gueule". L'avenir, c'est la continuité du décor, on a encore du boulot à faire. Nous avons des zones vieillissantes, on en change un petit bout par an, et il faut que l'on continue à en changer. Par exemple, le bâtiment derrière vous a trente et quelques années, nous ne nous en servons plus depuis longtemps, et il est hors de question de mettre du public là-dedans. La probabilité de décès (du bâtiment j'entends bien) est grande.

S.B : L'ancien bâtiment de la gare est aussi sur le point d'être détruit. Sentimalement parlant, ça vous ferait quelque chose si on détruisait un tel bâtiment, symbole du passé du parc ?

A.P :

Non. A partir du moment où on remplace par quelquechose de plus intelligent. Vous savez, les sentiments dans le boulot, mieux vaut ne pas en avoir.

S.B : Des idées d'attractions pour le futur ?

A.P :

Vous savez, j'ai milité pendant des années pour avoir le Splash Mountain, je l'ai. On peut pivoter certaines machines, et l'avantage c'est que nous avons un groupe derrière nous (NDLR : Groupe Bembom Brothers), avec des machines. On peut changer le looping actuel par un autre looping. Nous risquons simplement d'enlever une machine pour en remettre une autre.

S.B : Quelle attraction vous ne souhaitez plus voir au sein du parc ?

A.P :

Le Looping. Trop cher en entretien. Ce ne sont pas les clients qui n'en veulent pas... ce sont les tenanciers. Ce manège-là, nous sommes à peu près les seuls en France à savoir le faire marcher. Trop complexe.

S.B : Les terres du Sud sont actuellement la convoitise de beaucoup d'investisseurs. En Espagne, en moins de 10 ans, on a vu fleurir de grands parcs, crées ou rachetés par la suite par de grands groupes américains. Quelle serait la réaction d'Ok Corral, le jour où un parc d'une telle envergure s'implante près du parc ?

A.P :

Il s'implantera près de chez nous. Aucun problème. Astérix est bien à côté de Disney.
Vous savez, moi je suis pour la multiplication des centres commerciaux, même si je n'y vais pas. Le monde attire le monde.

S.B : Votre plus grande déception ?

A.P :

(silence) Je vais vous raconter une anecdote une nouvelle fois. Hier matin, une très grosse journée s'annonçait. Je suis au contrôle d'accès. Je vois des clients qui rentrent. Puis je vais du côté sortie, je vois les même clients qui repartent. Le contrôleur de sortie leur demande : "Est-ce que vous revenez ?". Un quart d'heure s'était écoulé entre l'entrée et la sortie. Il était 11h00 du matin. Les gens répondent : "Non, non, on ne revient pas."
Le contrôleur est un peu surpris, et leur demande : "Pourquoi vous ne revenez pas ?".
"On est déçus par le parc." (silence)

S.B : Il y a vraiment des moments qui paraissent surréalistes.

A.P :

Oui, absolument. Et encore, je ne vous ai pas tout raconté !

S.B : Donc vous êtes déçu par les gens ?

A.P :

Oui. De toute façon, ça ne peut être que ça... l'attitude des employés est bonne, et ils savent très bien ce qu'il y a au départ et à l'arrivée, il n'y a pas de surprise... la clientèle est là, on ne peut pas se plaindre. Si nous étions à 0 client, on se dirait qu'on est franchement mauvais, mais ce n'est pas le cas. On a une résidence de vacances qui marche très bien.

C'est l'attitude du public en général qui nous déçoit beaucoup... attitude qui va en se dégradant, faut-il le préciser. Le comportement des gens va en se dégradant. Il y a un notamment un laissez-aller grandissant de la part des parents... ce n'est pas vrai que chez nous, c'est vrai dans la vie en général. On le ressent beaucoup ici. C'est net.

S.B : Une autre anecdote ?

A.P :

Oui, anecdote peu marrante malheureusement. Le parc est classé en zone à risques "feu". Un après-midi, vers 17h30, un incendie se déclenche à quelques kilomètres du parc. Heureusement, nous n'étions pas en danger, mais les Canadair faisaient leurs rondes incessantes au-dessus du parc. Il me vînt alors l'idée saugrenue d'évacuer le parc, tout en sachant que le site était hors de danger : nous allions fermer dans 30 minutes, c'était l'occasion rêvée de faire un test grandeur nature.

Le parc est donc évacué, et les employés ordonnent aux visiteurs de repartir chez eux.... Jusque-là tout se passe comme prévu. A un détail près ... Les visiteurs restent sur le parking, caméras et appareils photos à la main, attendant l'arrivée du feu ! Surréaliste, c'est le bon mot.

S.B : Votre plus grande fierté ?

A.P :

Je vais vous dire ma plus grande fierté : c'est que la majorité des clients reviennent. Je vais une nouvelle fois vous raconter une anecdote ! L'autre jour, j'étais à l'entrée du parc. Et j'entends deux personnes discuter : un jeune, et un autre visiteur assez âgé. Le plus vieux dit : "C'était pas comme ça avant".

C'est de ça dont je suis le plus fier : que le parc ait su évoluer dans le bon sens. Et il est bon de rajouter aussi que plusieurs générations ont déjà usé leur fond de culotte dans notre parc : les plus vieux emmènent les plus jeunes, qui, une fois devenus plus âgés, amènent leurs enfants... et ainsi de suite.

S.B : Vous faites partie d'une commission européenne, visant à imposer des réglementations aux manèges. Pouvez-vous nous en dire plus ?

A.P :

Oui, je fais partie d'une commission de normalisation des attractions, qui est en fait une cellule du Snelac. Elle regroupe des techniciens du Parc Astérix, du Futuroscope, ...

S.B : Quelques exemples qui vont changer.

A.P :

Par exemple, les visiteurs les plus lourds seront à l'intérieur du manège.

S.B : A partir de quand avez-vous pris conscience d'un tel besoin de normalisation ?

A.P :

Ce ne sont pas les parcs qui ont voulu imposer cette réglementation. Les parcs avaient leur propre norme (allemande pour la plupart). C'est l'état qui a souhaité ceci. Après, Bruxelles a voulu l'appliquer au reste de l'Europe. Mais ça, c'est un peu comme la Politique Agricole Commune... avant que tout le monde soit d'accord, on peut encore attendre quelques années.

S.B : Son entrée en vigueur ?

A.P :

Je ne serai certainement plus de ce monde d'ici là !

Interview réalisée par
Simon Bourlet



Remerciements à M. Prigent, ainsi qu'à M. Adragna de nous avoir accueillis.
Ok Corral, Splash Mountain sont des marques déposées.

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