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Suivre la Trace
Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander en regardant une attraction : "Mais pourquoi ont-ils choisi cette thématisation là ?". Soit, les parcs à thèmes répondent à des règles strictes selon lesquelles la thématisation d'une attraction doit être en adéquation avec le land où elle se trouve. Mais cela ne répond qu'en partie à la question. Et puis la thématisation est-elle décidé avant le choix de l'attraction ou l'inverse ? Rassurez-vous, nous n'allons pas philosopher sur la poule et l'oeuf. Pourtant, c'est bien l'histoire d'un oeuf devenu poule que nous allons vous raconter. Nous allons entrer dans des mécanismes jamais révélés. Vous allez découvrir ce que jamais vous n'auriez dû savoir. Et nous allons vous expliquer ce qui d'habitude n'est jamais révélé. Et nous allons...

Il est étonnant ce cheminement qui va d'une idée à une autre. On rencontre un ami, on aborde un sujet de conversation et 5 minutes après on parle de complètement autre chose. Et il est parfois difficile de retrouver le chemin emprunté dans ces labyrinthes de l'esprit qui nous ont amené là.

Le brainstorming concernant la thématisation de la Trace du Hourra renfermera des chemins 1000 fois plus sinueux où Cocotte-Minute, druides, sieste et Beach Boys s'entremêlèrent dans un foisonnement d'idées, d'intelligences et de talents. (à lire dans la première partie)

Il faut pourtant, à un moment donné, rationaliser et trouver une voie unique vers laquelle communieront tous les talents artistiques du parc. Il sera décidé que la thématisation de l'attraction se fera sur le thème de la préhistoire.

Jean-Marc Toussaint - dont nous vous avons parlé lors de la première partie et que nous apprendrons à mieux connaître dans la troisième - est désigné pour travailler sur le sujet. La préhistoire. Sujet à la fois vaste et tellement stéréotypé. Comment garder l'esprit gaulois en flirtant avec Jurassic Park ? Telle est la mission qui lui est confiée.

Le Feu Sacré



Vous l'avez sans doute remarqué, le point commun de toutes les idées de thématisation que nous vous avons révélées dans la première partie est l'invention. L'origine des choses est un moteur intéressant et fascinant.

Les plus étymologistes d'entre vous, à la lecture du titre de cette deuxième partie, ont deviné que nous n'allions pas traiter de l'invention de la roue mais de celle du feu. Le feu a toujours fasciné l'homme et ce n'est pas un hasard s'il est souvent présent dans les spectacles ou attractions. Il est même parfois le sujet et la thématisation principale comme c'est le cas aux Studios Universal avec Backdraft.

"Quand on pense au mal qu'on peut avoir aujourd'hui pour allumer un malheureux barbecue, on se demande comment pouvaient faire les hommes des cavernes..."

C'est en grande partie de cette amusant constatation que l'idée de thématisation qu'entreprendra de développer Jean-Marc se mit en place.

Entrons maintenant dans le vif du sujet avec la première ébauche...

Un peu d'histoire...



"Incapables de créer eux-mêmes - et de conserver - l'énergie nécessaire à la cuisson de leurs steaks de Dindonneausore ou de leurs brochettes de Pèredodus, nos ancêtres s'en remettaient à une coutume antédiluvienne pour mettre le feu à leurs immenses bûchers. Cette coutume, véritable rite initiatique pour les jeunes de la tribu, était la chasse au Pyrosaurus.

Reptile mythique dont on n'a retrouvé la trace que sur d'anciennes peintures rupestres découvertes dans une grotte de la forêt de Plailly, le Pyrosaurus fut probablement un lointain cousin du légendaire Serpent de Feu si cher aux Indiens d'Amérique Centrale. Sa peau, véritable phénomène de bio-géologie, avait la particularité de s'embraser au contact du silex.

Après avoir parcouru les steppes pendant des lunes à la recherche des ingrédients nécessaires au grand barbecue annuel (dont la tradition perdure encore aujourd'hui vers la fin du mois de juin), les tribus envoyaient leurs jeunes les plus téméraires à la poursuite du Pyrosaurus. Une fois l'animal repéré, il fallait monter sur son dos et le faire passer, à plusieurs reprises, dans des gorges de silex spécialement aménagées afin d'embraser sa carapace.

Il convenait ensuite de diriger l'animal vers le bûcher afin d'y mettre le feu. Un travail qui ne se faisait pas sans peine puisque la créature, dotée d'un fort mauvais caractère, avait la réputation de se tortiller en tous sens, de bondir et de se faufiler entre les arbres à toute vitesse pour se débarrasser des cavaliers...

Les hommes, cela dit, savaient fort bien que les Pyrosaurus ne courraient pas les sentiers et ils mettaient un point d'honneur à "éteindre" la bête dès qu'ils en avaient fini avec elle en la faisant passer dans un lac ou une cascade d'eau fraîche. Le saurien était alors relâché... Jusqu'au barbecue suivant !"

Le Pyrosaurus



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L'histoire est belle et enthousiasmante. A la découverte de ce savant mélange de mythologie réinventée, d'humour gaulois, de références sous-jacentes - le fameux banquet autour du feu de la dernière case des aventures d'Astérix - et d'inspiration pure, on se demande encore pourquoi l'idée ne fut finalement que très peu exploitée - doux euphémisme - lors de la thématisation finale.

Découvrons cette présentation de l'animal préhistorique faite dans le dossier qui fut rendu au Parc Astérix :

"Comparable au légendaire Serpent de feu, si cher aux Indiens d'Amérique Centrale, le Pyrosaurus serait probablement à l'origine de toutes les mythologies européennes sur les dragons et autres animaux fantastiques.

Est-il une vision de l'esprit ? Une personnification de phénomènes naturels comme la foudre, les feux follets ou les coulées de lave ?

Pour l'homme préhistorique, le Pyrosaurus est une réalité. Depuis d'innombrables lunes, les tribus rivalisent de courage pour côtoyer ce reptile. Ils reconnaissent en lui une puissance bienfaitrice, réussir à le monter est une preuve de détermination et d'audace. Mais, plus que toute autre chose, il est le vecteur de cette énergie nécessaire à leur survie : le feu.

L'animal, lui, sait que son bien-être peut dépendre grandement de son contact avec les hommes. Son habitat naturel lui a permis de résister aux grandes glaciations mais ce trop-plein d'énergie qu'il emmagasine dans les profondeurs de l'écorce terrestre, et qui pourrait s'avérer une gêne, il a besoin de l'extérioriser. En se laissant séduire par d'étranges mélopées, il accepte de remonter à la surface (sans air, il n'y a pas de feu...) pour entraîner les hommes dans une course folle, libérant dans ses reptations flammèches et braises que les tribus sauront utiliser à bon escient."

Un seul mot : brillant.

Attraction et dragon



Ceux qui ont pratiqué l'attraction, ont découvert une très belle thématisation de la file d'attente - dont nous parlerons dans la troisième partie - mais se sont rendu compte que le parcours en lui même n'était, logiquement, pas thématisé. Pourtant, la thématisation "Pyrosaurus" permettait une vraie scénarisation du ride :

"Au sortir de la gare, le train attaque le lift. La musique tribale, entendue le long de la file d'attente (musique arrivée début août sur l'attraction - Note du rédacteur) peut accompagner la montée, voire s'accélérer au fur et à mesure de l'ascension (système sonore embarqué ou haut parleurs installés le long du lift.) Lorsque le Pyrosaurus arrive en haut, il peut pousser son terrible cri avant d'entamer la descente.

L'attraction est suffisamment grisante pour se passer de thématisation. En revanche, sur les zones de frein, on peut envisager que le Pyrosaurus pousse à nouveau son cri.

Après le frein d'arrêt, le train, au ralenti, rentre dans la zone technique (décor extérieur montagne/volcan). On pénètre dans l'antre du dinosaure. Nous sommes dans la pénombre. Des grondements montent de la terre, il y a de la fumée, des éclairages "feu" (rouge, jaune, orange) proviennent de sous le rail. Sur le côté droit, une importante cascade dissimule le rail de transfert et les voies de garage des trains supplémentaires. Au bas de la cascade, un oeuf énorme est brisé. C'est l'oeuf du Pyrosaurus et la chaleur qui règne dans cet endroit l'a fait éclore. Dans l'obscurité, on distingue d'autres paires d'yeux rougeoyants. Le Pyrosaurus ne serait dons pas le seul de son espèce ? Un peu plus loin (voire derrière la cascade), on peut apercevoir d'autres yeux, gigantesque ceux-ci. Et si le Pyrosaurus sur lequel nous étions n'était que le "bébé" d'une autre créature encore plus énorme qui préfère rester tapie dans la grotte ?

Juste avant de sortir de la grotte, on aperçoit sur le côté, des installations réalisées par des hommes des cavernes pour tirer le meilleur parti de Pyrosaurus (ils font sécher les peaux de bêtes, cuire d'énormes rôtis, etc.)

Avant de sortir de sa caverne pour rejoindre la gare, le Pyrosaurus pousse son dernier cri..."


David Boidin et Jean-Marc Toussaint

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